Samedi 10 fevrier.
"Au centre du deuxieme village, vous trouverez une boite aux lettres orange. Tournez a gauche et trouvez le petit sentier...", "Dans le troisieme village, il y aura une echoppe a gauche. Deux petits garcons prlent anglais. Trouvez les et demandez leur l'hospitalite...", "En bas de la montagne, vous trouverez une riviere. Il faudra y tremper vos pieds et marcher dans l'eau pedant au moins 40 minutes...", "Restez toujours sur le sentier de gauche...", "Au sommet, si vous voyez sur votre gauche une ferme de poissons, c'est que vous etes sur le bon chemin..."... Voici certaines des precieuses informations qu'Adam nous a laissees pour un trek sans guide. Adam (un israelien qui voyage depuis cinq ans) etait un peu enfume (Ici, l'herbe est fraiche et pas chere...), mais est revenu entier de cette balade de deux jours dans les environs de Muong Ngoi. Nous nous decidons donc a partir, en compagnie d'un couple germano-coreen (Olli et Yuri) pour vivre deux jours d'aventures. Plutot organises, nous prenons le strict necessaire (dont des medicaments en cas de maux de tete, de ventre ; une lampe de poche ; un petit savon pour se laver le visage et les main : une serviette de bain ultra absorbante ; nos duvets ; deux paires de chaussettes ; une boussole). Yuri et Olli sont des babs aux longues dread locks et bien moins organises...
Nous avons dessine deux cartes. celle d'Olli etait plus visuelle. Nous partons donc avec ces precises infos, en ce samedi matin brumeux. Tant mieux, la fraicheur nous aidera a avancer plus rapidement. Au premier carrefour, nous sommes deja dubitatifs. Il va falloir compter sur le sens d'orientation des males et l'intuition de chacun. Nous traversons differents paysages et surtout de nombreux cours d'eau qui s'enfoncent dans la foret tropicale. La seule chose que nous avons oublie sont nos tongues ! Tant pis, nous nous dechaussons a chaque passage aquatique, quand il n'est pas possible de faire des sauts de biches sur les rochers... resultats, nos chaussettes sont gorgees de boue et d'eau au bout de deux heures de trek. Mais nous gardons le sourire. L'aventure est bien la ! C'est le bonheur de se promener dans ces montagnes laotiennes. Jerome est tout excite a l'idee que nous pourrions nous perdre ou dormir a la belle etoile... KL ferme la marche, toujours aussi maladroite avec ses pieds...
Nous atterrissons dans le second village, alors que le soleil a remplace la brume. il fait plutot chaud et nosu profitons de cette halte pour dejeuner dans le restaurant du coin... pas tres bon que fur le repas, mais nos estomacs sont bien remplis et prets a donner de l'energie. Nous trouvons bien la boite aux lettres orange au centre du village. Ouf ! Pendant pres de trois heures, nous grimpons, devalons une piste poussiereuse. Par endroit, la pente est raide. Nous transpirons tout en sachant qu'une bonne douche ne pourra etre que revee dans quelques heures. le village ou nous devons passer la nuit n'a jamais connu l'electricite... Sur la route, pendant une pause, nous croisons un anglais. Il nous rassure en nous indiquant que le village se trouve encore a quinze minutes. Mais surtout il insiste sur le fait de bien suivre le sentier trace et de ne jamais s'en eloigner... les americains sont bien passes par la dans les annees 70 et de nombreuses bombes se trouvent encore dans cette foret dense. Hmmmm... quelle bonne nouvelle...
Nous finissons par debarquer dans le village de Quy Khan. Des poulets et des cochons font office de gardiens d'entree. Nous trouvons rapidement la petite echoppe ou Thieu, un laotien de seize ans, nous proposera rapidement de nous heberger pour 1 dollar par personne. En attendant le diner et la nuit, nous tentons une visite du village. Tous les yeux sont braques sur nous. Ici, c'est plutot la "liberte". Les enfants s'amusent a lancer des poulets, les hommes parlent fort, les femmes nous sourient, chacune un bebe accroche dans leur dos. Et tous crachent... Dans notre maison, une vieille dame de 99 ans passe le balai. Il y a plus de quarante maisons dans ce village, dont la plupart abrite en moyenne entre huit et dix personnes.
Nous sommes plutot mal a l'aise, ne sachant trop quoi faire et a qui parler. l'experience sans guide est inedite. Nous apprenons quelques mots de Khamu, la minorite qui nous accueille. Vers 18h, nous dinons dans la maison et nous couchons tot. La derniere bougie s'est eteinte et les dernieres bruits deviennent de plus en plus sourds. Seule la vielle dame de 99 ans se releve et sort de la maion, en bambou, sur pilotis... mais pour faire quoi ?!
Vers 4 heures du matin, nous sommes tendrement reveilles par le concours des chants de coqs. A qui aura le cri le plus strident, en est surement le theme... Il doit y avoir vingt coqs sous notre maison...
Nous quittons le village apres un enieme sticky rice en guide petit dejeuner. La route est semee de nouveaux obstacles... Deux jeunes garcons du village partent a la chasse aux oiseaux et nous escortent. Genial ! Grace a eux, nous n'hesiteront pas dans les embranchements. Arrives a la riviere, nous nous dechaussons et sommes plus ou moins prets a marcher les pieds nus dans le cours d'eau rocailleux, pendant pres de quarante minutes... Olli et Yuri ont des tongues et nous depassent rapidement. nous perdons les garcons de vue, surement rattrappes par l'ennui de nous attendre. Au bout de vingt minutes, nos pieds sont bien pris de douleurs (surtout ceux de KL). Jerome prend la decison (la meilleure de la journee) de se rechausser et de sacrifier nos chaussures ! Nous avancons ainsi plus rapidement et rattrapons nos compagnons de marche. Plutot l'enfer que cette traversee, qui contraste avec le petit bout de prairie violette qui suivra. Les paysages sont toujours aussi magnifiques. peut-etre parmi les plus beaux que nous ayons vus depuis le debut de notre periple.
Le trek s'achevera sans encombres dans le dernier village ou nous finissons par trouver un bateau pour nous ramener a Muons Ngoi. La portion de cette descente de la Nam Ou est la plus incroyable ! Le vert de la dense vegetation se reflete delicieusement dans l'eau. Les roches calcaires sont comme des ecrins qui protegent la riviere. Nous croisons quelques pirogues et des reveurs de cheurcheurs d'or. Tout est calme et serenite...
Deux jours de surprises... Un trek de reve... De fantastiques souvenirs...
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