Mardi 9 janvier.
Nous sommes excites a l'idee de decouvrir le nord-ouest du Vietnam, avec la possibilite de sortir parfois du circuit touristique, puisque nous avons investi ! Et oui, finis les bus locaux et les prieres pour ne pas finir au fond du ravin, puisque nous payons un chauffeur et un guide pour sept jours d'immersion dans les villages ethniques et les montagnes du nord-ouest. Le nord-ouest montagneux a ete preserve, alors que les vietnamiens preferaient investir les plaines. Aujourd'hui, la plupart de la population fait partie de diverses minorites dont nous vous parlerons dans l'article suivant.
Depart en ce mardi 9 janvier, a bord d'un vieux landcruiser Toyota, avec un guide de 29 ans et un chauffeur d'une quarantaine d'annees. La sortie de la capitale est longue, tellement il y a de motos, de voitures, de velos et de gens a depasser. Mais c'est egalement l'occasion pour nous de voir la banlieue de Hanoi, en plein developpement. Vivre dans un appart, c'est bourgeois, encore plus dans ces barres de quarante etages ! Quand nous tentons d'expliquer la destruction des grandes tours HLM en france, le guide nous regarde perplexe...
Nous avons de la chance, le ciel bleu sera de la partie pendant quatre jours. Pas un nuage, pas un orage, ce qui nous donnera la possibilite de voir des montagnes a perte de vue. Les francais appelaient cette region les alpes tonkinoises, en realite il s'agit de la chaine Hoang Lien. Les montagnes sont raides et vertigineuses. Elles laissent place a de somptueuses vallees qui sont bordees par des rivieres, avec un debit faible aujourd'hui, car nous sommes en saison seche. Bien que la plupart des reliefs soit deboise (le bois sert a construire les habitation de certaines monorites et au commerce), la region reste tout simplement sublime. Les villages ont investi les montagnes pour cultiver des bananiers, du mais et quelques palmiers. Le reste de la terre est occupee par des champs de riz, en jachere au moment de notre passage. Des buffles paitrent paisiblement, tandis que des milliers de galinaces et de cochons noirs animent les routes. De nombreuses conditions sont reunies pour faire de cette terre une terre fertile, nourrissant ainsi toute la population. Nous aurons la chance d'en visiter tout le long de notre periple.
Apres le passage de l'enorme barrage de Hoi Binh, nous faisons une halte dans un village de Thais Blancs pour une nuit, a proximite de Mai Chau. Une maison en bambou sur pilotis nous attend, ainsi que des temperatures plus fraiches. C'est plutot business-business ici. Le village s'est transforme en rangees de guesthouses et de souvenirs artisanaux, parfois meme de gadgets made in China. Nous delaisseront le village pour explorer les alentours, dont la beaute n'est plus a discuter ! La lumiere de la fin de journee rend l'atmosphere douce. Un grand pere promene sa petite file sur le dos, tandis qu'une femme retourne la terre boueuse de son champ de riz. Ce soir la, nous nous retrouvons invites a la table de sept ouvriers de chantiers, dans un boui boui, plus qu'etrange. Nous trinquons a l'alcool maison de mais, qu'ici les vietnamiens appellent... vodka ! Kl joue a l'interprete tant qu'elle peut. Jerome pose des milliers de questions en tentant d'esquiver quelques cul-sec! Nous gardons quelques distances quand l'un d'entre eux proposent de nous ramener, dans la nuit noire, un peu emeche, alors qu'un autre tente de connaitre notre adresse pour venir nous voir en France ! Excellente soiree tout de meme avec ces ouvriers venus de Hoa Binh.
L'etape suivante est Son La. Sur la route, nous degusterons un des seuls yaourts frais de Moc Chau (ce n'est pas la saison...). Delicieux ! Onctueux ! Frais ! Un des meilleurs yaourts que nous avons eux l'occasion de manger dans notre courte vie ! Et bien oui ! On se satisfait de tous petits plaisirs en voyage... Son la se trouve au creux d'une vallee. C'est une ville peu animee, surement une etape pour de nombreux camions, vu le nombre d'hotels de passe... Apres la visite de l'ancienne prison coloniale qui servaient a enfermer les premiers intellectuels communistes anti-colonialistes, nous grimpons les quelques 700 marches d'un escalier en pierre pour rejoindre une tour de telecommunication. La vue est incroyable. Deux jeunes freres et gardes de cette tour nous offre le the, echangeant quelques mots sur leur cher pays et nous ferons don d'une papaye enorme. Nous echangerons celle-ci plus tard a une marchande de beignets de bananes. C'est pas mal le troc ! Les gens sont agreables avec nous, surtout qu'ils peuvent echanger en vietnamien. Ils trouvent Jerome grand et fort. Ils disent en rigolant qu'il ressemble a un acteur ! Une femme me demande s'il me bat comme tous les vietnamiens... Euh... je lui affirme que non, mais que le phenomene existe en France... Certains semblent nous envier de vivre si librement, lorsqu'ils passent leur journee a gagner leur vie si difficilement, avec une vie de famille difficile.
Entre les palettes d'ocre ou de terre de sienne, les roches se confondent parfois avec la route chaotique, en travaux, notamment entre Son La et Dien Bien Phu. Nous rejoignons la ville ou sont tombes les soldats francais en 1954. Nous faisons une incursion dans un village de Hmongs, perche sur la montagne, envahit par la poussiere orange de la roche. Ici, ils manquent d'eau. Le village est bien trop loin de la riviere pour s'alimenter facilement. Les reserves sont vides. Une femme devale la montagne avec deux gros bidons pour ramener de l'eau a sa famille. Des villageois se sont regroupes pour aider un voisin a construire une nouvelle maison. Ce sont des femmes menues qui ramassent des pierres de cinq kilos pour aider a la construction. La vie est difficile ici...
Dien Bien Phu est une ville sans charme. Nous ne faisons qu'une escale d'une nuit et ne prenons pas le temps de visiter les "souvenirs" de guerre a la gloire des vietnamiens... Honte sur nous ! Mais nous privilegions avant tout la rencontre avec les ethnies et la decouverte des paysages. Ce soir la nous rencontrons Ju et Isa, deux jeunes bretons en voyage comme nous, pour une duree moins longue. L'occasion pour chacun de donner ses impressions sur le pays et de s'echanger les bons plans du laos et du sud vietnamien. La biere n'est qu'a 3000 dong, pourquoi s'en priver !
Nous rejoignons ensuite Lai Chau, future ville inondee ! Et oui, dans la perspective de la construction d'un des plus gros barrages de l'Asie du sud-est, Lai Chau sera amenee a etre engloutie d'ici 2010. Le gouvernement commence donc a deplacer les populations dont les metiers risquent de changer... Les villes aux alentours changent de nom tour a tour, pour etre des nouvelles Lai Chau. De nombreuses habitations sont en cours de construction...
Nous arrivons a Sapa le samedi 13 janvier, ultime etape de notre excursion dans le nord-ouest. Le temps change. A trente centimetres devant lui, le chauffeur n'a plus de visibilite, tellement le brouillard est epais ! Quelques temples bordent la route montagneuse etroite. Chacun d'entre eux a ete eriges a la memoire d'un bus ou d'une voiture tombes dans le ravin ! ici les chauffeurs de bus conduisent comme des fous ! Nous sommes contents d'etre en voiture... Apres la traversee du col Tram Ton, d'ou la vue est apparemment splendide (Tant pis, on reviendra une autre fois !), nous faisons une halte sur la route, en attendant que des tracteurs degagent la voie. Une petite vendeuse de marrons chauds de treize ans nous raconte humblement qu'elle travaille depuis deux ans sur cette route pour aider ses parents. Reflexions sur notre chance d'avoir pu aller a l'ecole...
Nous nous installons a la Lotus GH. Pour 7 dollars, nous avons droit a une grande chambre avec vue sur le Fansipan (le plus haut sommet vietnamien, que nous ne verrons jamais !) et surtout, non pas la clim, mais une petite cheminee ! La classe ! Nous partons ensuite pour un trek de trois heures, non pas dans les hauteurs, mais dans la vallee, loin des sentiers touristiques. Plus nous descendons, plus le brouillard se dissipe. Nous decouvrons une vallee incroyable, dessinee par les legendaires terrasses de rizieres. Nous marchons sur des etages entiers de cette culture chere a la population. L'eau coule le long de la montagne, en filet fin, entre des pousses geantes de bambous. Nous rencontrons des Hmongs, des Daos, qui survivent l'hiver en brulant du charbon dans leur maison inconfortable, ou vivent les grands parents, la belle soeur, les enfants et petits-enfants. Les paysages sont a couper le souffle ! Les photos seront prises en temps grisatre, veuillez nous en excuser... Nous acheverons notre visite de la region de Sapa par un trek de14 km, dans la boue ! Et oui, le brouilard humide envahit la region. Nous nous croyons dans le village dans les nuages ! Des ombres s'approchent de nous pour tenter de nous vendre des souvenirs artisanaux, en vain, parfois de l'opium... La frustration est permanente. A 10 metres, il nous est impossible de voir les montagnes ! Mais la balade n'en reste pas moins interessante, puisque sur la route nous rencontrons les femmes en sandales s'en allant au marche, des hommes coupant le bambou et des jeunes garcons jouant a la toupie en attendant que les buffles ruminent tranquillement....
Nous rentrons extenues ! Un bon feu de cheminee s'impose ! Le premier feu de cheminee a ete prepare par une jeune fille de 18 ans, qui aurait tant aime apprendre l'anglais. Mais pour aider ses freres et soeurs, elle a trouve son boulot a sapa, loin de bac ha son village et ne rentre qu'une fois tous les trois mois... Elle aimerait aller a l'ecole, mais ne peux plus... Nous reflechissons de nouveau... Plus legere fut cette reflexion : ne manque plus que la raclette ! Jerome prendra plaisir a faire le dernier feu... pendant quatre heures ! Les francais rencontres a Dien Bien Phu nous retrouvent pour notre derniere soiree a Sapa.
Apres dix heures de voitures et 380 km, nous sommes de retour a Hanoi. Des images fantasriques en tete...
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